Le "Notre Père"

Publié le par Hacik Bardizban

Le "Notre Père"

Et je vous livre un petit texte (assez long quand même) qui explique la prière la plus importante, et si on ne doit en connaitre un seul c'est celle ci le "Le Notre Père" (Hayr Mer)

Lorsque l'on dit : "Notre Père"

Il s’agit d’une prière de demande. Demander implique une attitude de confiance, car si je demande, c’est que je pense que l’on peut me donner. De même, si je demande, c’est que je reconnais une dépendance, car j’ai besoin de quelque-chose.

En disant le Notre-Père, on appelle Dieu : « Notre Père ». On reconnait que l’on est son enfant.

Nous avons le droit de nous adresser à Dieu, ce qui veut dire qu’Il veut tenir compte de notre volonté à nous. Deux libertés sont en face l’une de l’autre : celle de Dieu et la mienne.

Notre volonté a besoin de beaucoup de transformations avant d’être faisable. Le Notre Père nous permet ce cheminement, pour transformer notre volonté afin qu’elle se purifie.

C’est ainsi que le Notre Père est un lieu d’apprentissage de la prière. Nous devons travailler pour savoir à qui nous nous adressons : à un Dieu que je me suis fabriqué ou bien au vrai Dieu ? Il nous faut nous mettre en présence du vrai Dieu.

C’est par Jésus que Dieu nous permet de l’appeler Notre Père. C’est une nouvelle alliance, une alliance filiale, qui nous permet de l’appeler Notre Père. Nous sommes le peuple de la nouvelle alliance, donc nous ne disons pas « Mon Père », mais « Notre Père », car c’est une prière communautaire, la prière du Seigneur et de l’Eglise.

Qui es aux Cieux,

On parle ici des Cieux, et non pas du Ciel. Il s’agit ici du firmament des cieux, une voute impénétrable, comme on le comprenait dans l’antiquité, une voute céleste invisible, frontière entre le monde créé et le monde incréé. En disant ces mots, on manifeste la transcendance de Dieu.

« Notre Père », c’est familier, proche, mais ça n’enlève rien à la transcendance de Dieu.

Dans cette phrase, on renonce à toute forme de mainmise sur Dieu, à commencer par une sensiblerie mal placée. On entre dans la foi pure.

Souvent dans la prière, on recherche quelque-chose de l’ordre du ressenti, un sentiment de paix par exemple. C’est ainsi qu’on en vient à juger sa propre prière, on recherche un sentiment de la présence de Dieu, et on juge qu’on a fait une bonne prière si on a « ressenti » quelque-chose qui nous a fait penser à la présence de Dieu. 0r, Dieu est là, je le sais, je le crois, je n’ai pas besoin de le ressentir.

Cela corrige les idées de Dieu que j’aurais pu me faire.

Que Ton Nom soit sanctifié,

C’est une formule au passif. C’est un passif divin : Dieu est au cœur de l’action. Ce n’est pas nous qui sanctifions Son Nom. « Dieu, fais que Ton Nom soit sanctifié. »

Celui qui profane le nom de Dieu, c’est celui qui ne reconnait pas ses péchés. Si je suis malheureux, alors j’ai tendance à mettre Dieu en accusation.

Dieu tient à ce que son nom soit connu comme Saint. Et c’est par le pardon des péchés que Dieu va sanctifier son nom.

Quand on dit : Sanctifie Ton Nom, c’est qu’on veut la gloire de Dieu.

Moi-même je peux participer à la sanctification du Nom de Dieu en recevant mais aussi en transmettant son pardon (voir plus loin).

Que Ton Règne vienne,

(« Que ton Règne apparait comme une meilleure traduction que « que Ton Règne arrive », qui ajoute une notion de temps).

Il s’agit du Règne du Père. Le Royaume du Père, c’est le royaume final où les justes resplendiront comme des astres, le salut final, plénier, donné à l’homme. C’est bien cela qui est demandé ici : Vivement que vienne le Règne de Dieu, que vienne la fin du monde ! C’est un désir du Ciel, un désir que Dieu donne son Salut à tous. Ce n’est pas d’abord pour moi, mais pour tous. Qu’il réalise pleinement sa Gloire de Roi !

Si le Règne de Dieu s’instaure, il va détruire tout mal et toute injustice. Nous sommes aussi impliqués, même si c’est Dieu qui est au premier plan, je suis impliqué dans cette prière de demande.

Que Ta Volonté soit faite,

Que Ta Volonté se réalise, c’est encore un passif divin. Ce n’est pas « que je fasse Ta Volonté », ce n’est pas d’abord cela. Le terme exact est : Que Ta Volonté se réalise.

Se réaliser, c’est devenir concret, mais il ne s’agit pas là d’obéir à des commandements. On n’est pas dans une dimension morale. Que Ta Volonté se réalise, cela veut dire : Que ton plan de salut de toute l’humanité se fasse enfin. Il s’agit pour nous d’accepter le plan salvifique de Dieu. Il s’agit de s’unir au Christ dans son sacrifice. Si dans son plan, Dieu veut se servir de moi, j’acquiesce à cela pour prendre ma place dans le plan de salut, y compris si cette place me fait passer par la passion et par la souffrance. C’est la prière à Gethsémani qui doit nous inspirer.

Sur la terre comme au ciel

Le Ciel, ce n’est pas les Cieux. Le Ciel, on le trouve décrit dans la Bible, dans le récit de la Création elle-même, et au début du chapitre 40 du livre d’Isaïe, verset 12 : « qui a évalué les dimensions du Ciel ? »

Le Ciel c’est ce qui obéit parfaitement à la volonté divine, c’est l’agencement parfait. C’est là où se manifeste le plus pleinement la volonté de Dieu.

On parle ici du pouvoir rédempteur de Dieu qui restaure la Création.

Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour

C’est une demande centrale, comme dans l’Evangile, la béatitude sur les affamés est centrale au milieu des 7 béatitudes. C’est la 4ème demande : la demande, centrale dans la structure, entre les trois premières demandes qui concernent Dieu (et en même temps engage l’homme) et les trois dernières qui concernent l’homme et engage Dieu : Donne-nous aujourd’hui notre pain « vital ».

Se pose ici un problème de traduction : pain quotidien, pain de ce jour : le mot exact est « epi-oussios » (grec) qui n’existe pas dans le grec classique. Peut-être que ce mot existait dans le langage populaire au 1er siècle. Le mot est fait du participe présent du verbe être : oussios (étant), et epi (au-dessus). Donc, on pourrait dire « super-substantiel ».

Ce mot a été traduit par « quotidien », mais on voit que son sens n’est pas restitué pleinement. Dans le Notre-Père de l’Evangile de St Luc, c’est le même mot « epi-oussios » qu’on retrouve. Il est dit : « Donne-nous chaque jour notre pain « epi-oussios » ». On voit bien que St Luc n’aurait pas dit : donne-nous chaque jour notre pain de chaque jour. Notre pain aurait suffi.

Beaucoup d’exégètes sont d’accord pour traduire : pain nécessaire à la vie, nécessaire pour subsister. Notre pain vital, absolument nécessaire pour notre vie.

Dans le chapitre 6 de l’Evangile de St Luc, Jésus fait un enseignement sur le pain de vie : c’est la nourriture qui fera vivre éternellement. C’est une nourriture qui ne se mérite pas. Ce pain est donné gratuitement : la seule chose à faire est d’entrer dans la foi. Le pain est donc autre chose qu’une nourriture périssable.

Dieu vient me donner ce dont j’ai besoin, ce pain vital.

Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés

Plus exactement : Remets-nous nos dettes comme nous les remettons à nos débiteurs.

Ici, on parle du péché et de la lutte contre Satan.

Pour mieux comprendre de quoi il est question, il est utile de voir la parabole du débiteur impitoyable (chapitre 18 de l’Evangile de St Matthieu) : ce n’est pas une question d’argent.

1e difficulté : Ce qu’on semble exiger ici, c’est une perfection, or pardonner définitivement et pleinement, ce n’est pas facile, sur les choses sérieuses.

2e difficulté : « comme aussi » = Dieu ne nous pardonne que si nous, nous pardonnons. Comme si le pardon était à la mesure du pardon humain ! de quoi se décourager !

3e difficulté : pourquoi dit-on dettes et pas péchés ? Luc préfère plutôt mettre dans la bouche de Jésus le mot péché : « remets-nous nos péchés comme nous remettons à nos débiteurs. » Dans ce mot de débiteurs, il y a bien, pourtant, l’idée de la dette d’argent. Le terme de dette, pourquoi le garder ?

4e difficulté : dans l’Ancien Testament, pour être pardonné, il fallait avouer sa faute et l’arrêter. Ça suffisait. Dans le Nouveau Testament, l’aveu est aussi nécessaire, mais à cette première condition s’ajoute une deuxième condition : celle d’avoir déjà pardonné à ceux qui m’ont offensé. Ainsi, si on dit en confession à un prêtre : « ah ! ça ! Untel, je ne lui pardonnerai jamais ceci ou cela », le prêtre ne peut pas donner l’absolution.

Pour répondre à toutes ces difficultés, il y a une clé de lecture dans la parabole de l’intendant impitoyable, à la fin du chapitre 18 de l’Evangile de Matthieu : Jésus, dans cette parabole, nous permet de comprendre la translation dette-péché.

« C’est pourquoi il en va du Royaume de Dieu comme d’un roi qui voulut régler ses comptes avec ses serviteurs. Dès qu’il eut commencé l’opération, on lui en amena un qui devait 10 000 talents*, cet homme n’ayant pas de quoi rendre, le maître donna l’ordre de le vendre, avec sa femme, ses enfants et tous ses biens et ainsi de lui faire rendre. Le serviteur alors se jeta à ses pieds et il s’y tenait prosterné en disant : consens-moi un délai et je te rendrai tout. Pris de compassion, le maître de ce serviteur le libéra et lui fit don de sa créance. En sortant, ce serviteur trouva un de ses compagnons qui lui devait 100 deniers. De force, il le saisit et l’étranglait en disant : rends jusqu’au dernier sou ce que tu dois. Son compagnon alors se jeta à ses pieds et le suppliait en disant : consens-moi un délai et je te rendrai. Mais l’autre ne le voulait pas. Au contraire il s’en alla le faire jeter en prison jusqu’à ce qu’il ait rendu ce qu’il devait. Ses compagnons, voyant cela, furent pris d’une grande tristesse et ils allèrent dévoiler toute l’affaire à leur maître. Alors celui-ci le convoqua et lui dit : serviteur mauvais, toute cette somme que tu me devais, je t’en ai fait le don parce que tu m’as supplié. Ne devais-tu pas, toi aussi, avoir pitié de ton compagnon, comme moi j’ai eu pitié de toi ?, et pris de colère, son maître le livra aux tortionnaires jusqu’à ce qu’il ait rendu tout ce qu’il devait. C’est ainsi que vous traitera aussi mon Père Céleste si chacun de vous ne pardonne pas à son frère de tout son cœur. »

*salaire de 500 années de travail

Cette parabole est souvent mal comprise : souvent on la lit en étant uniquement attentif à la grandeur de la somme qui est due, la disproportion entre 10 000 talents et 10 deniers.

Il s’agit d’un roi et le serviteur, c’est un intendant du roi, qui a pour tâche de lever l’impôt. D’où le montant énorme de la somme. L’intendant est délégué et représente le roi, il porte l’image du roi. C’est un bon roi, qui veut être connu comme tel. Il veut se montrer généreux vis-à-vis de son peuple, en disant : je fais don de ma créance et je n’accorde pas seulement un délai. Tout le peuple, derrière, est concerné. Le roi veut que le peuple sache qu’il fait grâce. Sa colère va porter sur le fait que l’intendant a continué à pressurer le peuple et donc, n’a pas transmis l’image d’un roi bon.

Quand Dieu nous remet nos dettes personnelles, nous devenons intendants du pardon et de la miséricorde. Le pardon que je reçois, me fait donateur de pardon. Il s’agit non pas d’un délai accordé, mais un véritable don, un geste très fort. Dieu veut qu’à travers nous, on sache qu’il est un roi qui fait grâce à ceux qui ne le méritent pas. Il veut être connu comme un roi qui fait grâce, car c’est comme cela qu’il sera aimé. Voilà l’enjeu, qui est vraiment considérable. A rapprocher de « que ton nom soit sanctifié » : que ton nom soit connu comme celui de quelqu’un qui pardonne.

Si vous voulez que Dieu vous pardonne, il faut que vous lui montriez que vous transmettez ce pardon. C’est donc une question de salut pour l’humanité.

Quand on donne son pardon, on est dans l’évangélisation, dans la mission. Ce n’est pas seulement parce que c’est bien de le faire. Le refus de pardonner devient un contre-témoignage considérable et met en péril l’annonce du salut.

Tant que je ne suis pas prêt à pardonner, je ne peux pas me présenter devant Dieu pour lui demander le pardon.

Le pardon ne retire rien à la justice, c’est-à-dire au devoir de réparer la faute qui a été faite. Dans l’ancien testament, il y avait des sacrifices de réparation. C’est ce qui est la pénitence dans le sacrement de réconciliation aujourd’hui. C’est un devoir de justice.

Il y a des cas où on ne peut pas réparer, par exemple : je tue quelqu’un ou bien je répands une calomnie.

Dans le mot dette, il y a cette dimension de réparation. On demande à Dieu qu’il nous remette aussi le devoir de réparer. Si je ne peux pas réparer, Dieu, par le Christ et par l’Eglise, s’engage à réparer à ma place. On retrouve d’ailleurs cette thématique des questions d’argent dans toute la Passion du Christ avec les trente deniers par exemple…

… comme nous remettons les dettes à ceux qui nous doivent. Il s’agit d’être capable de ne pas demander que la justice humaine soit appliquée dans toute sa rigueur. Si quelqu’un m’a volé, ne pas réclamer ce qu’il m’a volé. Acte de non-réparation. Je vais renoncer à la justice. On va plus loin que ce que la justice humaine voudrait, pour montrer la miséricorde plus puissante de Dieu.

Les deux dernières demandes sont liées l’une à l’autre : Ne nous soumets pas à la tentation mais délivre-nous du Mal

Jésus demande à ses disciples de prier que Dieu les préserve de faire ce premier pas : la tentation, il y a toujours un premier pas vers elle. Ne nous soumets pas à la tentation, ne nous laisse pas succomber à la tentation, fais que nous n’entrions pas dans la tentation. C’est difficile de trouver la phrase exacte, car comment Dieu peut-il permettre que nous entrions dans la tentation ? Dieu permet, pour un temps, l’endurcissement du cœur de l’homme, pour lui montrer les conséquences, mais c’est un endurcissement provisoire. C’est une stratégie, une pédagogie. Il peut nous laisser dans le pouvoir de nos péchés. C’est rassurant de savoir qu’il a un pouvoir là-dessus, s’il n’en avait pas, cela voudrait dire que le Tentateur aurait tous les pouvoirs.

Nous demandons, donc, à échapper à l’endurcissement du cœur.

On peut aussi penser à la Première Epître de St Jacques, chapitre 1, verset 13 : « Que nul, quand il est tenté, ne se dise tenté par dieu. Car Dieu n’est pas tenté par le mal, et lui-même ne cherche pas à tenter qui que ce soit. Mais c’est entraîné, séduit, par sa propre convoitise, que chacun est tenté ».

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